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Cyril Delacour · PHOTOGRAPHE

Chemin de vie
  1. Qui suis-je
  2. Le photographe
  3. Le bonheur d'être simplement là
  4. Anarchiste chrétien
  5. L'injustice
  6. Un militantisme de l'écrit
  7. L'argent, la dette, le don
  8. Pèlerinages
  9. Spiritualité

Qui suis-je

Date
Autoportrait en noir et blanc : Cyril Delacour, jeune, assis face à l'objectif devant une toile, tend vers le spectateur ses deux mains ouvertes, paumes vers le ciel
« La nature de l'esprit, profonde pour notre conscience, est vaste par nature » - Canaules-et-Argentières - octobre 2008

Cyril Delacour, né en 1974 à Montpellier, a grandi en Lozère. Photographe professionnel depuis 1994, il se définit comme artisan et artiste : prestataire de service d'une part, auteur de photographies, croquis et aquarelles d'autre part, un peu comme on peut être à la fois professionnel et amateur, au sens premier du mot : celui qui aime. Il vit à Saint-Montan, village médiéval de l'Ardèche, où il aménage son atelier rue de la Poterne.

Sa manière tient en quelques phrases écrites dès 2004 : « J'utilise la couleur pour ce que font les gens, le noir et blanc pour ce qu'ils sont » ; « porter une attention positive sur notre monde, comme une responsabilité ». Et une règle : maîtriser la technique pour s'en libérer. Il appelle cela « voir avec le cœur ».

Il se dit anarchiste chrétien : anarchiste par l'injustice, chrétien par refus du pouvoir, et plus encore par le cœur. Sa vie suit un chemin, fait de rencontres, de coïncidences et de quelques épreuves, qu'il raconte en huit chapitres.


Chemin de vie

1. Le photographe

Le laboratoire noir et blanc dès 16 ans, les saisons de photographie sur les plages et les pistes, les reportages, puis la transmission : stages, étudiants, un documentaire tourné avec les habitants d'un quartier de Saint-Étienne. D'un premier atelier ouvert au village en 2010 à celui de la rue de la Poterne, le lieu change, pas la manière.

2. « Le bonheur d'être simplement là »

Une enfant, le menton sur ses bras croisés, photographiée en 1998. L'image a fait le tour du monde sans le nom de son auteur. Il l'a placée sous licence libre en 2016, en demandant seulement que son nom l'accompagne.

3. Anarchiste chrétien

De Tolstoï à Jacques Ellul, de Simone Weil à Dorothy Day, une tradition qui refuse de servir deux maîtres. « Rendez à César ce qui est à César » : à César sa monnaie, et rien de plus. Chrétien sans clergé, il se dit « aussi catholique que Jésus était juif ».

4. L'injustice

En 2011, il est photographe de plateau sur un film où joue sa fille de quatre ans. Il s'oppose à l'exploitation de son image et saisit l'administration du travail. « La prunelle de ses yeux comme arrachée », il cesse d'utiliser ses outils de photographe pendant une dizaine d'années et revient au croquis et à l'aquarelle : par nécessité, ils lui gardent un rôle social et deviennent un moyen d'échange, des Saintes-Maries à la prison, puis sur le chemin du grand pèlerinage, où il vit du donativo. « La faim connaît son objet », dit-il : il dessine mieux quand la nécessité se fait sentir. Car le conflit le conduit, en 2015, à l'insurrection, à une condamnation et à la prison. « Que le fort protège le faible » : il en a payé le prix.

5. Un militantisme de l'écrit

Des forums de Libération aux blogs, il milite par l'écrit. Son dernier bulletin de vote est un billet de 5 € annoté : « L'argent est roi, la dette souveraine, les peuples déchus, très déchus ! ». En prison, il en tire un poème pour un concours, que le service scolaire refuse d'envoyer.

6. L'argent, la dette, le don

En 2012, ruiné par sa saison sur le tournage, il remet sa carte bancaire à la statue de sainte Sara, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, et s'obstine à y vivre quarante jours sans argent, refusant celui qu'on lui tend : l'anargyre ; puis le donativo, en bivouac et en vivant de la charité, jusqu'au Portugal. Le don crée une dette, la dette nourrit le conflit ; le Notre Père y répond : « remets-nous nos dettes ». D'où sa question : une démocratie peut-elle s'accommoder d'une monnaie privatisée, prêtée avec intérêts ?

7. Pèlerinages

Du Puy-en-Velay à Fisterra, puis Nazaré, en 2019-2020 : une promesse scoute rappelée le premier soir, une nuit de pleine lune dans une spirale de pierres de l'Aubrac, une chapelle ouverte la nuit sous la pluie, un bâton de pèlerin devenu calendrier qui, à son terme, au bout de la terre, rejoint à quelques jours près la fin du chemin, le confinement et sa fête. S'en remettre à la charité y est un véritable baume au cœur, comme le promettait Jésus aux apôtres qu'il envoyait sans rien : « vous valez bien plus qu'une multitude de moineaux ».

8. Spiritualité

À vingt ans, à Megève, un enfant lui dit « Le Seigneur est Roi ». La graine germe en silence dix-sept ans, puis éclot devant un cœur rayonnant. Contempler, s'en remettre à la Providence, se méfier de l'orgueil : une foi de funambule, entre l'ermite et le prophète.


Un même fil

Ni trop lâche, ni trop tendue : l'harmonie naît de tensions opposées, « comme pour l'arc et la lyre ». Chez Cyril Delacour, les contraires ne s'annulent pas, ils tendent la corde.

Artisan et artiste, professionnel et amateur, créateur et créature. La technique maîtrisée et le cœur qui voit. L'élan du coup de cœur et la sagesse qui vient avec l'âge. La sainte colère et la crainte de l'orgueil. L'insurrection et l'abandon à la Providence. La solitude de la réflexion et la joie du partage. Donner, et accepter de recevoir. L'anticonformiste, nourri des deux livres les plus traduits au monde. La parole publique et le silence d'un Esprit qui ne s'exprime pas avec des mots. L'instrument et le cœur, comme l'ermite et le prophète de Saint Montan.

Il ne cherche pas à trancher entre eux. Il avance sur la corde comme un funambule au-dessus du vide, et l'équilibre se refait à chaque pas.

Créer, donner, résister, transmettre : ces quatre gestes n'en font qu'un. Il crée en photographiant, en dessinant, en écrivant. Il donne, en demandant seulement que son nom accompagne ce qu'il donne. Il résiste à l'injustice, et en a payé le prix. Il transmet, à des adultes, à des étudiants, à des écoliers, à sa fille. Au cœur de tout cela, une même conviction : la valeur n'est pas marchande, et ce que l'on donne sans compter revient, par d'autres mains. Rien n'est plus contraire au bonheur d'être simplement là que l'usure. Un arbre ne vend pas ses fruits.


Portrait rédigé à la troisième personne à partir de ses témoignages, de son travail et de son empreinte en ligne ; des outils d'intelligence artificielle ont servi à rassembler les sources et à mettre le texte en forme. Le portrait complet, avec ses sources, se lit chapitre par chapitre.

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