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Cyril Delacour · PHOTOGRAPHE

Chemin de vie
  1. Qui suis-je
  2. Le photographe
  3. Le bonheur d'être simplement là
  4. Anarchiste chrétien
  5. L'injustice
  6. Un militantisme de l'écrit
  7. L'argent, la dette, le don
  8. Pèlerinages
  9. Spiritualité

Un militantisme de l'écrit

Son militantisme ne passe pas par des manifestations ou l'adhésion à des groupes, mais par l'écrit (forums, blogs, Wikipédia) et par les discussions philosophiques qui le passionnent. Il y entre en résistance contre ce qu'il appelle les « moulins à vent » : des médias qui, nourris de blé, roulent le lecteur dans la farine1. Il se reconnaît volontiers en Don Quichotte, l'un des derniers chevaliers, qui se bat contre des moulins2. Ses textes les plus développés, écrits entre 2009 et 2012 sur les forums et dans les commentaires d'articles de Libération.fr, ont malheureusement disparu avec la suppression de ces espaces.

Billet de 5 euros annoté à la main : « L'argent est roi, la dette souveraine, les peuples déchus, très déchus ! »Il ne passe pas non plus par les urnes. Son dernier bulletin de vote est un billet de 5 € sur lequel il a écrit : « L'argent est roi, la dette souveraine, les peuples déchus, très déchus ! » (il a annoté d'autres billets de la même phrase). Un bulletin qui, lui, n'a pas fini à la poubelle. Depuis, il s'abstient de participer à ce qu'il appelle une « mascarade ».

Il brûle aussi des billets. Le geste se veut un sacrifice, mais un sacrifice retourné. L'Évangile se méfie du sacrifice : « Je veux la miséricorde, non le sacrifice » (Matthieu 9, 13) ; et René Girard voit dans la croix la fin du mécanisme sacrificiel, le bouc émissaire enfin démasqué. Le billet brûle à la place du vivant, comme le bélier qu'Abraham « offrit en holocauste à la place de son fils » (Genèse 22, 13) : il désigne ce que notre monde sacrifie à une valeur symbolique, idole du culte de Mammon : la nature (voir Spiritualité).

De ses textes disparus des forums, il reste un condensé : un poème écrit en prison. Au centre pénitentiaire de Valence, où il participe à toutes les activités qui se mettent alors en place (il n'y a pas encore de bibliothèque), le service scolaire lui propose de concourir au concours de poésie Blaise Cendrars, sur le thème « Guerre et Paix »3 ; la participation est gratuite pour les détenus. Il y reprend ses formules des forums ; le service scolaire refuse ensuite d'envoyer le poème. À sa demande, sa marraine l'envoie elle-même au concours :

Mon adversaire l’obscurantisme et son déni armé de mauvaise foi.4

Trop peu sont conscients de l’entreprise à laquelle ils sont livrés de la maternelle à la grande personne morale, mais aussi de la petite cuillère en argent aux ors du palais alors qu’un arbre ne vend pas ses fruits.

Par une valeur symbolique placée à la mesure de toute chose, au lieu de garder mesure en toute chose, les valeurs humaines sont inversées de telle sorte que :

L’argent est roi,
La dette souveraine,
Les peuples déchus,
Très déchus !

La flamme est réduite comme le pépin indigeste que la merde fertilise, mais si seule la vérité libère, cela ne tient qu’à des mensonges, et nous d’y croire.

Cyril Delacour

Le poème n'est pas retenu. Le jury se prononce le 18 mars 2016, jour de la Saint-Cyrille, un an après sa condamnation, tombée la veille de cette même fête. Il en tire ce constat, qui répond au titre de son poème : « Que ce soit ma dénonciation ou la réalité, cela provoque du déni ; reste à savoir la mauvaise foi qui y est liée. »

Notes

  1. Sur la concentration de la propriété des médias français entre quelques grandes fortunes : « Médias français : qui possède quoi ? », carte d'Acrimed et du Monde diplomatique, mise à jour régulièrement. ↩︎

  2. Cervantès, Don Quichotte de la Manche (1605-1615), première partie, chapitre VIII : les moulins à vent que le chevalier prend pour des géants. ↩︎

  3. Quatorzième édition du prix national de poésie Blaise-Cendrars, organisé par l'association des Jeux poétiques de Vannes avec l'Association internationale Blaise-Cendrars, ouvert notamment aux détenus des prisons de France, dispensés des droits de participation (règlement, Le Télégramme, 2012). Le jury, présidé par Miriam Cendrars, fille du poète, a remis ses prix le vendredi 18 mars 2016 à Vannes, en clôture du Printemps des poètes : 126 textes reçus, premier prix à un détenu de la maison centrale de Poissy (Le Télégramme, 22 mars 2016). Le poème de Cyril n'a pas été retenu. ↩︎

  4. Le titre répond, en creux, au discours de François Hollande au Bourget, le 22 janvier 2012 : « Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, […] et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance. » (vidéo INA) ↩︎

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