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Cyril Delacour · PHOTOGRAPHE

Chemin de vie
  1. Qui suis-je
  2. Le photographe
  3. Le bonheur d'être simplement là
  4. Anarchiste chrétien
  5. L'injustice
  6. Un militantisme de l'écrit
  7. L'argent, la dette, le don
  8. Pèlerinages
  9. Spiritualité

Le bonheur d'être simplement là

Sommaire
Enfant seul assis au bord de la mer, menton posé sur les bras croisés, regard levé vers le haut avec un sourire doux, fond noir, lumière venant du haut, plage vide, en noir et blanc
Le bonheur d'être simplement là - Notre Dame de Monts - juillet 1998© Cyril Delacour, CC BY-SA 4.0

L'image

Juillet 1998, lors de sa dernière saison comme photographe filmeur1, sur un jeu pour enfants du bord de mer, à Notre-Dame-de-Monts (Vendée)2. Une enfant seule, le menton posé sur ses bras croisés, lève les yeux avec un sourire complice. Fond noir, lumière venant du haut, netteté sur les yeux. Une joie non posée, une présence entière à l'instant.

Le regard est écrit, pas saisi par hasard. Cyril appelle cette technique « voir avec le cœur ». Elle vient de ses portraits au moyen format. L'appareil tenu contre la poitrine (« la révérence du photographe »), l'objectif est à hauteur du cœur : le modèle qui regarde le photographe dans les yeux regarde donc au-dessus de l'objectif, d'un écart égal à la distance entre les yeux et le cœur. Quand on regarde l'image, il semble qu'on la voit avec le cœur. Au reflex, l'appareil est à hauteur d'œil : Cyril a demandé à l'enfant de regarder sa main tenue au-dessus du boîtier, pour recréer cet écart dont il connaissait l'effet. C'est là, pour lui, que la photographie devient une écriture : photo-graphie, du grec φῶς (lumière) et γράφειν (écrire). Le sourire est spontané ; le regard est composé, l'image cadrée.

Une image diffusée sans son nom

En 2004, la phrase « Le bonheur d'être simplement là » était la devise de son site, et la photographie en ouvrait la page d'accueil, avec la mention « © Cyril Delacour, tous droits réservés » juste en dessous3. Copiée seule, l'image a perdu ce nom : le titre du site est devenu sa légende, et elle a circulé sur de nombreux sites sans le nom de son auteur.

En mai 2016, il la place sous licence libre (CC BY-SA 4.0) sur Wikimedia Commons. Elle illustre depuis des pages en français, en arabe, en espéranto et en occitan, et la presse l'a reprise avec son crédit4. Il demande alors, en vain, que son nom figure dans la légende de l'article « Bonheur » de Wikipédia :

« Je suis artiste indépendant, et comme pour tous les artistes ce n'est pas qu'une question de narcissisme, mais de rôle social, c'est aussi un gagne-pain. »5

Le paradoxe demeure : une image partagée dans quatre langues, dont l'auteur n'apparaît dans aucune légende. Pour lui, donner n'est pas disparaître : l'Évangile dit qu'on reconnaît l'arbre à ses fruits (Matthieu 7, 16-20), et la gratuité rend le nom plus nécessaire encore, car il est le seul lien entre l'œuvre et celui qui l'a donnée.

Notes

  1. Viennent ensuite les saisons comme laborantin en noir et blanc. ↩︎

  2. Reflex Canon EOS 50, objectif de 85 mm, film noir et blanc Ilford FP4+. ↩︎

  3. cyrildphotos.com, page d'accueil, 18 mai 2004 (archive). ↩︎

  4. Notamment El Periódico (Barcelone), avec le crédit « Cyril Delacour » : 6 décembre 2017, 20 mars 2023. ↩︎

  5. Wikipédia, Discussion:Bonheur (2016). ↩︎

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